lundi 14 septembre 2009

Mes lectures de l'été (3/3)


Suite est fin du récpitulatif de mes lectures de l'été :

Le rapport de Brodeck, de Philippe Claudel
Philippe Claudel est un génie. J'idolâtre depuis ses débuts cet auteur aux œuvres sombres, dont l'action se situe dans des terres que je connais bien pour y avoir des racines, les mêmes que Philippe Claudel, aux confins de l'Alsace et de la Lorraine. Mais alors là, avec Le rapport de Brodeck, je me mets à genou et je tire mon chapeau encore plus bas.
Au dos du Livre de Poche, on dit du roman qu'il a quelque chose de Julien Gracq (lorsque j'étais en prépa, Le Rivage des Syrtes m'avait laissée pantoise : une histoire que l'on ne parvient à situer ni sur l'échelle du temps, ni sur celle de l'espace, et qui pourtant vous tient en haleine du début à la fin) et de Primo Lévi. Cela résume bien les sensations que l'on a en lisant le roman.
La trame de l'histoire tient en une ligne : Brodeck, le seul lettré du village, se voit confier la charge d'écrire un rapport sur un événement ayant secoué les habitudes de cette bourgade. Nul besoin d'en dire plus, il faut lire ce roman, ce rapport. Les contours du temps et de l'espace sont flous, donnant au propos une forme universelle. La construction narrative est faite de va et vient dans le passé, on devine la Shoah qui jamais n'est nommée. On suppose que les personnages, nombreux, évoluent dans l'Est de la France, mais aucun lieu n'est défini, on ne peut qu'imaginer.
La lecture est une somme de sensations. Le roman est un chef d'œuvre d'imagination; l'écriture, si travaillée, un chef d'oeuvre de simplicité.
Incroyable.

Fragments d'une femme perdue, de Patrick Poivre d'Arvor
Ah là, on change de registre. Pas question de comparer Claudel et PPDA, évidemment. Mais force est de constater que le dernier roman de PPDA (sorti en août) m'a terriblement décue. J'aime pourtant généralement ses romans, et j'avais particulièrement apprécié le dernier en date, co-écrit avec son frère Olivier : J'ai tant rêvé de toi. Un ouvrage travaillé, bien construit, fluide, prenant.
Fragments d'une femme perdue est un ramassis de propos désarticulés et souvent incohérents. Le roman a une construction éclatée, faite de lettres éparses et de compte-rendus de narrateurs divers. Soit. Mais cela ne sert en rien l'histoire, que l'on a du mal à suivre. Alors on essaie de se pencher sur les sensations : peut-être le roman, à défaut de 'raconter' quelque chose, a-t-il plutôt vocation à évoquer une atmosphère? Mais là encore, rien.
J'avais entendu que l'ancienne compagne de PPDA se retrouvait dans ce roman évoquant une femme manipulatrice, Violette, dont s'éprend Alexis, une 'personnalité', et préparait un ouvrage en forme de droit de réponse. Si effectivement ce roman est une vengeance, c'est bien bas;.Cela ne me gène pas que les romanciers puisent dans leur histoire personnelle, au contraire. A condition que le tout ait une forme romanesque et que le lecteur puisse trouver un intérêt 'universel' à lire cette histoire. Ici, l'oeuvre semble baclée, inachevée, comme effectivement un trop-plein de rancoeur que l'auteur aurait eu à déverser (trop) rapidement. Du coup, la qualité littéraire s'en ressent.
Le sujet aurait pu faire un beau roman, celui d'une passion impossible et dévastatrice; mais il eut fallu, à mon avis, que l'auteur prenne du recul et ne s'empresse pas d'écrire, comme cela semble avoir été le cas.

Un roman français, de Frédéric Beigbeder
Autre actualité de la rentrée littéraire, autre auteur cher à mon coeur. C'est un nouveau ton que l'on découvre dans Un roman français : plus calme, plus tempéré, presque mélancolique, et on aime ça. L'enfant terrible de la littérature française semble être devenu adulte.
C'est d'ailleurs dans son enfance qu'il se replonge, à l'occasion d'une garde-à-vue virant au cauchemar. Pour usage de stupéfiant sur la voie publique, Beigbeder se retrouve pendant 24 heures dans l'enfer de la garde à vue. Il en profite, évidemment, pour égratigner la République policière de SarkoLand, mais le propos n'est pas là : c'est du fond de son cachot que l'auteur replonge dans son enfance, dont il pense n'avoir aucun souvenir, et qui finalement devient l'objet du roman.
Beigbeder étant un génie, il parvient aisément à déplacer son histoire personnelle sur un plan presque universel : il parle de lui, oui, mais pour évoquer la France; il parle de ses parents, de son frère, de sa fille, mais pour que chacun se retrouve. L'écriture est intime, le personnage souvent attendrissant, mais jamais pathétique.
Beigbeder a selon moi évité évité l'écueil principal du roman autobiographique, le nombrilisme narcissique, et, à ce titre, maintient sa position dans ma top-list de mes auteurs préférés!

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