lundi 29 juin 2009

Tom est mort, de Marie Darrieussecq

Voilà bien longtemps _ en fait, depuis que le livre est sorti, il y a 2 ans_ que je voulais m'attaquer à Tom est mort. Je ne m'attendais à rien, si ce n'est un roman sur la mort d'un enfant, avec tout ce que celà comporte : l'évocation du deuil, le plus douloureux selon moi, l'absence, le vide.

Tom est mort est un roman. On a du mal parfois à s'imaginer que c'est une fiction. On se demande d'où l'auteur puise ces mots, qui reconstituent de si près la réalité d'une mère qui a perdu son enfant.

C'est la mère qui raconte, 10 ans plus tard, la mort de son enfant. Ou son enfant mort. Ou son enfant avant sa mort, et son enfant après sa mort. Le roman prend la forme d'un journal. Des réflexions au jour le jour, 10 ans après. On reconstitue l'histoire au fur et à mesure des pages, et en sourdine. Il y a très peu de factuel, donc pas de racolage. On sait à peine de quoi est mort Tom, 4 ans et demi. Si bien qu'on se focalise sur l'essentiel : la mort d'un enfant.

La résumé d'Evene dit ce qu'il faut :
Voici dix ans que son fils est mort, il avait quatre ans et demi. Pour la première fois depuis ce jour, quelques moments passent sans qu'elle pense à lui. Alors, pour empêcher l'oubli, ou pour l'accomplir, aussi bien, elle essaie d'écrire l'histoire de Tom, l'histoire de la mort de Tom, elle essaie de s'y retrouver. Tom qui est devenu mort, Tom à qui on ne pense plus qu'en sachant qu'il est mort. Elle raconte les premières heures, les premiers jours, et les heures et les jours d'avant pareillement, comme s'il fallait tout se remémorer, elle fouille sans relâche, elle veut décrire le plus précisément et le plus profondément possible, pas tant les circonstances de la mort de Tom que ce qui a précédé, que ce qui s'en est suivi, la souffrance, le passage par la folie, et le fantôme de son enfant. Le plus concrètement aussi parce que, c'est sûr, la vérité gît dans les détails.

Je suis également d'accord, globalement, avec la critique que le site en fait. L'écriture est incroyable, c'est à celà qu'on se fait à l'idée que c'est une fiction, car une mère lambda ne trouverait pas ces mots là. Grâce à ce style, on reconstitue l'état de la mère, ses pensées, son cheminement_si cheminement il y a, ce satané 'travail de deuil'. On lit, difficilement, car c'est long, long comme le deuil, l'absence, la vie qui doit continuer.


Le livre m'a donc paru remarquable. Néanmoins, deux réfléxions me viennent.

Tout d'abord, on devine que Tom est mort d'un accident; on s'imagine que la mère pourrait se sentir coupable. De quoi, on ne sait pas vraiment, puisque les circonstances de la mort de Tom ne sont révélées qu'à la dernière page. Grâce à son mari, la mère semble balayer sa culpabilité éventuelle. Mais suffit-il d'une parole rassurante pour se convaincre qu'on n'y est pour rien? La culpabilité semble absente de ces 10 années de souffrance, alors qu'en réalité, ce sentiment est tenace, et résiste souvent aux innombrables tentatives des tiers de nous rassurer. Il y a quelque chose d'indécent dans la manière dont cette mère se déculpabilise. Car, quel que soit l'accident, la fatalité en jeu, on ne peut, en tant que mère d'un enfant de 4 ans et demi, s'empêcher de se demander ce qu'on aurait pu faire pour éviter celà, quand bien même rien n'y aurait fait. Or cette question est quasi absente du roman. La mère pleure son enfant, crée une relation unilatérale avec lui, se concentre sur sa mort, oublie presque les circonstances, et avance ainsi.

Dans la continuité de cette réflexion m'en vient une seconde : la mère de Tom est également mère de deux autres enfants, Vince et Stella. Ils semblent disparaitre. La mère de Tom , presque, n'est plus que la mère d'un enfant mort. Il est évident que, de la même manière qu'on dit souvent que l'enfant le plus difficile d'une fratrie est souvent le plus aimé, l'enfant mort est porté sur un piedestal. Mais n'y a-t-il pas un temps pour cela? La mère de Tom, toute à son chagrin, ne semble pas, en 10 ans, avoir le sursaut nécessaire pour se souvenir qu'elle a deux autres enfants. C'est comme si elle les sacrifiait sur l'autel de leur frère mort. Elle triple sa douleur en tuant, d'une certaine manière, ses deux autres enfants.

Malgré tout, je ne veux pas faire de psychologie du deuil bon marché. Je me convaincs qu'il s'agit d'un roman, et que celui-ci n'a pas vocation à être objectif ni à faire le tour complet du deuil d'un enfant.
Mais c'est peut-être parce qu'il raconte si bien l'absence et la mort que l'on voudrait qu'il raconte également ce qu'il y a au-delà : la vie après la mort d'un enfant, et malgré elle.

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