mercredi 7 mai 2008

La consolante, d'Anna Gavalda


Je vous avais dit ici que j'avais acheté le livre pour l'offrir à ma belle-fille. Elle l'a commencé, et comme elle a dû interrompre sa lecture, j'en ai profité pour lui piquer le livre, week-end à New York oblige. Quand je voyage, je lis beaucoup. Avant je lisais beaucoup tout le temps ; maintenant ben, j'ai plus le temps justement, donc dès que je pars en voyage, je dévore. A l'aéroport, dans l'avion, pour moi c'est le moment idéal pour lire (puisque rien d'autre à faire que d'attendre).

C'est ainsi que j'ai consommé les 3/4 de La Consolante (plus de 600 pages tout de même) durant le seul trajet Toulouse-Paris-New York ... pour achever l'ouvrage lors d'une petite insomnie dûe au décalage horaire.

Alors, cela laisse présager que j'ai aimé le livre. Oui, certes, dans une certaine (et très large) mesure. Mais j'ai quand même quelques réserves à émettre.

Reprenons du début.
  • Voilà le résumé qu'en fait Anna Gavalda elle-même (vu sur Evene)
'Charles Balanda, 47 ans, architecte à Paris, apprend incidemment la mort d'une femme qu'il a connue quand il était enfant, et adolescent. 'Il déchire la lettre et la jette dans la poubelle de la cuisine. Quand il relève son pied de la pédale et que le couvercle retombe, clac, il a l'impression d'avoir refermé, à temps, une espèce de boîte de Pandore, et, puisqu'il est devant l'évier, s'asperge le visage en gémissant. Retourne ensuite vers les autres. Vers la vie. Se sent mieux déjà. Allez... C'est fini. C'est fini, tu comprends ?' Le problème, c'est que non, il ne comprend pas. Et il n'y retourne pas, vers la vie. Il perd l'appétit, le sommeil, abandonne plans et projets et va essayer de comprendre pourquoi tout se fissure en lui. Et autour de lui. Commence alors un long travail de deuil au bout duquel il est obligé de se rendre à l'évidence : l'échelle de cette vie-ci est illisible et il faut tout rebâtir.'
  • Ce que j'en ai pensé, donc :
Le début du livre est déroutant. Non pas parce que l'univers est sombre, beaucoup plus sombre que dans Ensemble, c'est tout , encore que cela puisse surprendre. Non, déroutant plutôt d'un point de vue stylistique. D'ailleurs je me demande si le terme "dérangeant" ne serait pas plus approprié.

En fait, Anna Gavalda en fait un peu trop. Sa figure de style préférée consiste à supprimer le sujet, de manière arbitraire. Dans des énumérations, ça peut se comprendre, ça donne du rythme même. Mais là, selon moi, elle en abuse un peu. Comme si le fait de supprimer les sujets, et de dire "avance" au lieu de "il avance" suffisait à donner du style et du corps à l'ouvrage. Le plus surprenant c'est surtout la manière que l'auteur a de réintégrer, au milieu de 10 phrases sans sujet, le sujet justement.

Bref, c'est bizarre, et au final, ça fait un peu pompeux.

Mais ce qui est étrange, c'est que cette manière d'écrire, au fil des pages, est peu à peu abandonnée. Passées les 250 premières pages (qui, néanmoins, se lisent assez volontiers puisque permettant de camper le décor, et les personnages, avec moult retours dans le passé), le style devient plus fluide, plus dans le ton que l'on connait d'Anna Gavalda : franc, frais, rapide, souriant. Et l'histoire prend de l'ampleur. Du coup, on se demande vraiment pourquoi cet étrange style a été adopté pour le début du roman : était-ce une manière de combler un vide ? L'impression que cela m'a donnée, c'est que ce début justement n'était pas "fini". Il ne manque pas grand chose, mais c'est comme si elle avait du livrer rapidement son roman et n'avait pas eu le temps de revenir sur ses premières lignes.

MAIS, car, évidemment, il y a un mais : l'histoire est chouette. Les personnages attachants. Les "seconds rôles" sont plus marginaux que dans les précédents romans. Peut-être un peu trop finalement, on se demande parfois si c'est crédible. Mais c'est un roman. C'est sûrement ça justement qui surprend : dans Ensemble c'est tout, notamment, ce qui plaisait, c'était précisément le côté ordinaire des personnages. Ils pouvaient être n'importe qui. Dans La consolante, Charles Balanda est un certes un personnage banal, mais entouré d'êtres très particuliers. Ils pourraient exister en vrai ces gens, mais quand même, on se demande. Du coup, il faut un peu de temps (peut-être ces fameuses 250 premières pages) pour modifier son oeil de lecteur et lire tout simplement le roman comme un roman ordinaire, où l'on ne s'étonne pas de personnages ou situations extraordinaires.

Et finalement, on y arrive. La deuxième partie du roman est fraîche, jolie, très imagée, on visualise le décor comme dans un film. C'est un peu fou mais on se prend à croire que ça pourrait être possible... et hop, c'est du rêve, et c'est pour cela qu'on dévore chaque page.

J'ai fini ma lecture avec un sourire béat sur les lèvres. Anna Gavalda est donc, une fois de plus, parvenue à me convaincre !

Au final, je recommande La Consolante, parce que c'est quand même, assurément, quelques heures de bonheur en prévision.
Et puis les complications stylistiques, qu'on aime ou qu'on n'aime pas, il faut les lire pour pouvoir les juger !

Et vous, avez-vous avez lu La Consolante ? Qu'en avez-vous pensé ? Et les autres oeuvres d'Anna Gavalda ?

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