jeudi 10 avril 2008

Me estan jodiendo

C'est ma nouvelle injure.

Comme on a décidé à la maison de parler un peu plus espagnol, deuxième langue maternelle de l'Homme, toutes les raisons sont bonnes à enrichir mon vocabulaire.

Hier après-midi, donc, fort énervée par tout un tas de choses au boulot, j'ai demandé à l'Homme de me donner une expression équivalente à "Ils me cassent les c***" (expression que j'adore en français d'ailleurs, je sais, c'est pas féminin pour un sou, mais que voulez-vous, c'est mon côté garçon manqué). Non pas que je veuille insulter mes collègues ouvertement, ni en français, ni en espagnol d'ailleurs; non, c'est plutôt pour me défouler moi toute seule, en marmonnant des trucs que personne de comprendra vraiment (je l'espère). Il m'a donc appris "Me estan jodiendo".

Sauf que l'insulte a bien failli se retourner contre lui, le pauvre.

Je rentre à la maison, plutôt contente d'en avoir fini avec cette journée pourrie. Il est parti faire son footing. Toutes les fenêtres de la maison sont ouvertes, je demande à ma belle-fille pourquoi, elle me répond "Ben monte, tu vas voir". Comme le chantier en cours est la chambre d'amis (souvenez-vous), je me dis qu'il a dû commencer l'enduit à la chaux et donc voulu aérer. Je monte, non, l'enduit n'est pas fait (aucun reproche jusque là, puisque c'est moi qui suis sensée le faire). Par contre, la chambre a désormais une porte ; grande évolution : jusqu'à présent, il n'y avait qu'un rideau. Ca parait rien de faire une porte, mais en fait, quand les dimensions ne sont pas standards, c'est galère. Donc je félicite intérieurement mon Homme qui a pris son courage et ses compétences à deux mains pour faire la porte, son encadrement, les gonds, etc. Un petit coup d'oeil me permet de voir qu'il manque juste la poignée (un détail au regard du boulot déjà fourni, mais que voulez-vous, je ne peux pas m'empêcher).
Ok, très bien, la porte est faite, mais ça ne m'explique toujours pas en quoi cela impliquait d'aérer la maison entière.

Je rentre dans la chambre, et là, JE COMPRENDS : pour poser l'encadrement de la porte, il a du tronçonner des briques (oui, on est à Toulouse, le matériaux traditionnel, c'est la brique rose - à ne pas confondre avec la brique du ch'nord beaucoup plus foncée hein). Des briques qu'on tronçonne, ça fait plein plein plein de poussière. Une poussière très très très fine. Qui colle aux bronches. (Donc plus on aère, moins on risque d'en avaler.)

Mais qui colle aussi à tout le reste, et notamment :
- au lit, sur lequel sont posés mes nouveaux petits coussins faits de mes mains il y a si peu de temps,
- à la commode de ma grand-mère, unique bien de valeur que j'aie apporté en dot dans cette demeure,
- à l'étagère que je viens juste de refaire (et que je dois vous montrer bientôt), et dont j'ai recouvert les planches d'un tissu blanc cassé, devenu rosâtre,
- aux livres posés sur ladite étagère, livres dépoussiérés minutieusement la semaine dernière,
- et à tout le reste : le sol, les lampes, le radiateur.
Tout est recouvert d'une fine couche de brique pilée. Je suis dépitée.

Je sens bien que les larmes me montent aux yeux : mais pourquoi diantre n'a-t-il pas au moins mis un plastique de protection sur l'étagère et le lit ?
Pour faire passer ma colère et bien répéter tout ce que je vais lui dire dès qu'il aura passé le pas de la porte, je prends l'aspirateur et commence à réparer les dégâts.
Une demi heure plus tard, il rentre (transpirant et glamour à souhait) et déboule comme un fou dans la chambre en s'écriant "T'as vu ma chérie j'ai fait la porte !" (Vous savez, comme un gamin qui pour la première fois à réussi à faire ses lacets tout seul - là, je commence déjà un peu à flancher)
Il poursuit : "Mais ne nettoie pas je pensais que j'aurais le temps de le faire avant que tu ne rentres" (là, non, je refuse l'excuse : il est 20h30, il pensait peut-être que j'allais rentrer à minuit du taf??? Mais qu'importe, je sais déjà que je ne vais pas l'engueuler comme je le prévois depuis 1/2heure. Grrr, quelle faiblesse)
Et finit "Allez, pour me faire pardonner (il a bien compris quand même qu'un truc clochait), je t'emmène au resto".
Bon, sur le principe, je lui ai quand même dit qu'il aurait pu protéger un petit peu au moins, il m'a dit oui-ma-chérie-je-t-aime et finalement je l'ai définitivement pardonné.

Ce matin, nouveau petit contre-temps.
6h45 : Réveil
7h35 : Départ de la maison, pour déposer ma belle-fille au lycée après avoir fait un crochet pour récupérer une de ses copines.
7h50 : Arrivée devant le lycée
8h00 : coup de fil de l'homme "Hum, je crois que j'ai laissé mon porte-feuille et mes clés dans ton sac à main hier au resto et là je dois partir à l'aéroport" (il me semblait bien lui avoir dit qu'il devait penser à les récupérer parce que je risquais de les garder)
8h15 : retour à la maison, nouveau départ (comme il s'en va pour 2 jours, je lui ai rien dit parce que ma devise c'est : ne jamais se quitter brouillés, on ne sait jamais)
9h00 : arrivée au boulot, par chance, pas de bouchons sur le périph. (bon ca fait quand même 2h15 que je suis débout...)

Zen, soyons zen. Et n'oubliez pas, si vous êtes d'un tempérament plus véhément que moi, l'insulte se conjuque : "Me estas jodiendo"!

Et vous, vous êtes aussi faibles que moi avec l'élu(e) de votre coeur ?

3 commentaires:

Loukoum 1ère a dit…

Pov poulette, je comprends ta colère intérieure en rentrant devant ce spectacle... Moi je ne suis pas faible avec l'homme, je râââle à fond ! (je retiens l'insulte, ça peut servir ;-))

Caro a dit…

Je trouve cette note adorable... Et je trouve surtout adorable de pouvoir voir son amoureux comme un petit garçon pris en faute... quand il n'a plus l'âge d'un petit garçon !!
Moi aussi, je suis faible alors je ne peux que compatir !!

fanette a dit…

Quelle patience !!! Ch'est biau l'amûûûr.