jeudi 13 mars 2008

Note guerrière

Si vous avez allumé la télé ou la radio ce matin, vous n'avez pas pu passer à côté de cette info : Lazare Pondicelli, le dernier poilu français, est mort hier. Il fallait bien que ça arrive un jour, vous me direz, mais quand même, je suis fascinée : imaginez que Lazare est né au XIXème siècle. Oui, en 1897. Il avait 4 ans quand la loi sur les associations a été votée, 17 ans quand la Grande Guerre a éclaté, déjà 48 ans quand les américains ont débarqué en Normandie. Réalisez ensuite les évolutions : le droit à l'avortement, la téléphonie mobile, les 35 heures, internet... C'est incroyable.
Voilà, donc, hommage à ce dernier poilu qui aura connu trois siècles et aura, de manière largement méritée, droit à des obsèques nationales.
Pourtant, la première guerre mondiale, elle me parait tellement loin. Les gaz, les tranchées, ça semble d'un autre temps. Ce matin j'entendais que sur 36 000 communes françaises, seules 15 n'avaient pas été en deuil lors de la guerre de 14. Une vraie boucherie donc, on aurait pu croire que les hommes s'asagiraient pour l'avenir.
Sauf que non.

Parce qu'après, y a eu la Seconde Guerre Mondiale. Oui, je sais je ne vous apprends rien. Mais hier soir, j'ai regardé le reportage sur France 3 intitulé " Shoah par balle, l'histoire oubliée". Je connais plutôt bien cette période de l'histoire, parce que ma famille a été on ne peut plus impliquée dans le conflit (un jour, je vous raconterai, c'est tellement romanesque que ça pourrait faire un synopsis de film), mais pourtant, j'ignorais que dans l'ex-Urss, autant de Juifs avaient été exterminés, et ce sans l'usage des camps. Ainsi, le reportage suit le travail du père Patrick Desbois, qui, depuis 2000, recherche sans rêlache les traces d'un génocide enfoui sous la terre : le génocide des Juifs de l'Est, exécutés par les commandos SS, village par village, balle par balle.

Comme tous les reportages sur la Shoah, il fait froid dans le dos. On voudrait éteindre la télé, et puis en fait non, on continue à regarder ; ce n'est pas de la curiosité malsaine, non. Pour moi, c'est juste un moyen de me convaincre que ça a vraiment exister. J'ai beau avoir vu des dizaines et des dizaines de reportages sur la Seconde Guerre Mondiale, les camps, les convois, etc ; j'ai beau avoir écouté mes grands-parents maintes et maintes fois me raconter leur histoire, je n'arrive toujours pas à réaliser. Vous voyez, 'réaliser' au sens premier du terme. Me dire que tous ces gens, ils se sont fait arréter pour de bon, ils ont attendu, ils ont marché pour finalement se faire fusiller ou gazer. En fait, la télé a cela de très paradoxal qu'elle montre, effectivement, mais tout maintenant un caractère irréel aux événements. La télé a quelque chose de spectaculaire. C'est sûrement pour cela que j'ai aussi besoin de lire des romans ou témoignages de cette période. Car la lecture est plus lente, plus entière, donc peut-être plus douloureuse. Quand vous lisez Si c'est un homme, de Primo Levi, vous avez bien le temp de réaliser. Vous lisez une page, vous vous arrêtez, pour réfléchir, pour conceptualiser. Alors qu'à la télé, l'image vous emporte finalement. Je ne critique pas les reportages télé, bien évidemment, mais je reste persuadée qu'il faut les compléter par de l'écrit. Ou, tant que cela est encore possible, des témoignages "en vrai". Ecoutez vos grands-parents, grands-oncles et grandes-tantes, ils ne sont pas immortels!

Voilà, c'était mon état d'âme du jour. Promis, je reviendrai avec du plu gai, mais j'avais envie d'en parler.

Et vous, avez-vous vu le reportage d'hier ? Vous regardez souvent ce type de documentaires ou ça vous met mal à l'aise ?

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