lundi 21 janvier 2008

Un week-end (presque) parfait


Un soleil de plomb, des pistes enneigées, un chalet niché dans un minuscule village du Luchonnais, des soirées au coin du feu à écouter de la guitare et jouer au tarot... Cela ressemble à un week-end parfait!

J'étais pourtant partie un peu à reculons. On nous avait invités, mon homme, ses enfants et moi, ainsi qu'un couple d'amis, à passer le week-end dans les Pyrénées. Pas de quoi faire la fine bouche, vous me direz. Mais l'idée de me retrouver dans un chalet multi-générationel m'angoissait un peu. Fana de ski, je n'avais qu'une envie : me ruer sur les pistes et dévaler les pentes à grande vitesse. Comme je le faisais il y a encore 3 ans, quand j'étais célibataire-sans-enfant. Sauf que là, la donne était évidemment différente : les enfants sont débutants (normal), les adultes (forcément plus âgés que moi étant donné la configuration de mon couple) auront sûrement envie de se ménager, et sûrement préféreront-ils se prélasser au chalet plutôt que de passer la journée sur les pistes. Et comment mouvoir un groupe de dix personnes? J'imaginais déjà mon énervement le samedi matin, piaffant pour me rendre sur les pistes (à 20 bonnes minutes en voiture du chalet), et tout le monde encore le nez dans son café, pas pressés pour un sou, inconscients du fait qu'une journée de ski, CA S'OPTIMISE. A cette angoisse s'ajoutait l'énervement latent de mon amoureux, rapport au fait qu'après avoir été cherché les enfants à l'école vendredi à 17h, il devait faire un premier détour pour récupérer une copine de sa fille, puis un second pour passer me prendre au boulot, et que forcément, dans la précipitation, il avait oublié son porte-feuille (particulièrement indispensable quand on s'apprête à pratiquer un sport de riche), l'obligeant à faire demi-tour à la maison...
Finalement, il me prend à 19h ; soupe à la grimace, youhou, ca va être la fête.

Et puis en fait, non. Tout s'est déroulé parfaitement, à savoir que :
- On est arrivés à 21 heures dans un chalet magnifique, fait-main, avec une cheminée centrale, plein de chambres toutes plus mignonnes les unes que les autres.
- Tout était prêt, on nous accueilli en nous disant "Ici, c'est le pays de la liberté, donc chacun fait ce qu'il veut".
- Les enfants, du coup, étaient ravis; et moi aussi. Et mon homme délicieusement de bonne humeur.
- Le lendemain matin, tout le monde était motivé pour aller skier; à 9h30 on était à pied d'oeuvre. Etant donnée la bonne humeur générale, même l'heure passée au magasin de location de ski ne m'a pas agacée...
- On a pris le premier télésiège dans le brouillard, mais on est passé au-dessus des nuages au bout de 30 secondes et le soleil brillait à n'en plus pouvoir.
- On n'a perdu personne sur les pistes, miracle quand on sait qu'on était 9 à skier ensemble, tous niveaux confondus.
- Les plus âgés, j'avais été mauvaise langue, avaient vachement la pêche. Les enfants, eux, ont formidablement progressé au ski, chougnant à peine quand ils tombaient.
- Après le ski, j'ai pu m'isoler tranquille, aller bouquiner sur mon lit et faire une petite sieste de récupération.

Le bonheur.

Je pourrais rajouter aussi "On a super bien mangé" et "On a rencontré des gens géniaux". Je le rajoute, certes, mais de manière, disons, nuancée.

Car ce qui est sûr, c'est qu'ils s'étaient foulés pour que l'on mange à notre faim. Presque trop. C'est à dire que le premier soir, ils avaient prévu de nous faire goûter une spécialité luchonnaise : le pétéram. A cette évocation, je me lèche déjà les babines en imaginant une espèce de fondue pyrénéenne ou quelque chose du genre. Que neni. Le pétéram, ce n'est rien moins que des TRIPES DE MOUTON. J'avoue à l'assemblée que je n'ai jamais mangé de tripes de ma vie, de quel qu'animal que ce soit, mais que (polie), bien évidemment je vais goûter. J'ai même envie de goûter, histoire de pas mourir idiote. Je vois le chaudron mijoter dans la cheminée, ça a l'air plutôt apétissant, genre un bon ragout. Et puis on apporte ledit chaudron sur la table, juste devant moi. Et là, une odeur nauséabonde s'empare de mes narines. En fait, ça sent les toilettes. Je fais le rapprochement avec les tripes, et on me confirme la chose : " C'est bien meilleur au goût qu'à l'odeur". Tu m'en diras tant. Bon, dis-je, quand-même, juste un tout petit bout (là, j'en n'ai plus du tout envie, mais ma bonne éducation prend le dessus). On dépose un truc dans mon assiette, je dis "Heu, c'est que du gras là, non?". Et tout le monde éclate de rire; ça y est, tous les visages se tournent vers moi. On me répond "Mais non, c'est du boyau, pas du gras!". Ah. Oui. Effectivement, rien à voir. Je coupe donc un minuscule bout de boyau, l'enrobe de sauce en espérant que ça masquera sûrement l'odeur de m...; j'engouffre le tout dans ma bouche. Et ça passe pas, mais alors pas du tout. Ma bouche doit se tordre et mon visage cramoisir et comme tous les regards étaient rivés sur moi, tout le monde me voit me lever et courir jusque dans la cuisine, manquant de m'affaler sur les escaliers en pierre, et, dans un haut-le-coeur mémorable, je recrache le morceau dans la poubelle. Ark, c'est immonde. Je remonte dans la salle à manger la mine défaite, et demande, à bout de force, si je peux juste ce soir revendiquer ma jeunesse et obtenir le droit de manger comme les enfants. Requête que l'on m'accorde de bonne grâce, c'est le pays de la liberté hein? J'ai donc laissé les grands manger leurs tripoux avec gourmandise et jamais je ne me suis autant délectée d'un repas poulet-pasta...

L'autre point, c'étaient les gens géniaux que l'on a rencontrés. Un couple de baroudeurs comme je les aime, simples, drôles, intéressants et à l'écoute. Un deuxième plutôt marrant, dont la femme était la copie conforme d'Anne Roumanoff.
Et puis il y a eu le 3ème couple. Heureusement arrivé le dimanche soir à 19h pour manger les restes du week end sur le pouce, avant que nous ne reprenions la route (ce qui était prévu vers 20h). Un homme dont je comprends qu'il est le médecin du coin, R-A-S. Et puis sa femme. Dont je comprends à sa tête qu'elle doit être très conne. En tout cas, elle parle fort, et sa première phrase concerne ses gants de golf qu'elle a achetés la veille. J'ai rien contre le golf, mais en général, quand on arrive dans un endroit, on dit d'abord bonjour, on s'enquit de savoir qui sont les personnes présentes que l'on ne connaît pas. Enfin moi, je fais ça. Parce que c'est quand même le meilleur moyen de ne pas commettre des impairs. On est en train de jouer au tarot. On lève les yeux vers l'autruche. Je sens ma belle-fille adorée parfaitement complice. J'adoooooore, on va se régaler. Et là, l'autruche parle, s'exclamant que les enfants de mon homme (qu'elle avait rencontré quelques années plus tôt alors qu'il était fraîchement divorcé) sont si grands! Et je l'entends demander (sans aucune retenue bien entendu) à notre hôte si je suis bien sa fille aînée. Hôte qui répond, le plus discrètement possible, que non, je suis sa femme. Hum hum, malaise. Bon ça peut arriver. Elle pourrait s'excuser, au moins la fermer. Mais non. Madame s'enfonce. Nous allons nous mettre à table, tôt comme convenu et je dis: "Oui, parce que demain il y a école!", et me regardant, me dit "Ah, pour vous aussi!". Je la méprise. J'ai pitié de sa bêtise. Quelqu'un lui expliquera bien que je ne suis plus étudiante depuis un certain nombre d'années. Nous nous mettons à table, elle continue "Ah ça a l'air bon, les enfants, les grands enfants, enfin heu..". Et elle s'arrête. Là, elle se prend les pieds dans le tapis et se rend compte qu'elle ferait mieux de se taire. Je suis assise en face d'elle, elle se garde bien de me regarder dans les yeux. Son mari, poli et sûrement conscient des limites de sa femme, me demande ce que je fais dans la vie, et je peux donc caler dans la conversation que je suis responsable communication dans une agence, que j'ai un vrai métier quoi.
La conversation glisse ensuite sur un sujet innoportun, qui fout mon ennemie encore plus mal à l'aise, puisqu'on évoque la fameuse soirée où elle avait rencontré mon homme, et durant laquelle une de ses copines avait harcelé mon chéri (qui l'avait gentiment envoyée sur les roses). Et je ne dis rien, mais je sais bien qu'elle comprend pourquoi ça s'est passé ainsi, parce qu'effectivement, j'ai environ 30 ans de moins que sa copine, et que c'est quand même un sacré argument pour que mon homme m'ait préférée à elle.

Voilà, mon jeune âge a ses avantages (manger des pâtes plutôt que des tripes) et des inconvénients (devoir me justifier de ne pas être la fille de mon homme), mais au final, je trouve que je m'en sors plutôt bien.

Donc, ne serait-ce que ce petit épidose fâcheux, le week end était parfait, et c'est bien ce qui compte!

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