vendredi 18 janvier 2008

Mon premier déplacement d'affaire

Alors hier, c'était ma première, toute toute première fois. Que quoi ?
Que je faisais un déplacement en avion juste pour le boulot, et qui plus est, juste pour un déjeuner. Rien que l'idée de dire "Demain, je serai à Paris, mais vous inquiétez pas les enfants, je serai là pour le dîner", je trouvais que c'était trop la classe. Sauf que du coup toute la journée, je me suis sentie schizo. Parce que oui, ca m'exitait un peu (enfin je trouvais ça marrant) mais le problème, c'est que je faisais le déplacement avec mon boss, et que forcément, fallait que j'ai un peu de tenue. Que je fasse style un peu blasée (alors que pas du tout)...

Je voyage pas mal, donc l'avion en tant que tel, je faisais pas "Wahou, trop trop bien, je vais prendre l'avion!" (quand même). Mais quand je voyage, je voyage pas cher (j'ai des facilités comme on dit). Là, quand l'assistante de direction m'a envoyé mon mémo voyage, j'ai failli m'étrangler : 400€ l'aller-retour; pouah, presqu'un quart de mon salaire, la prochaine fois, je leur dirai "Je m'occupe de mon billet, filez moi 400€ et je me débrouille"...
On part donc avec mon boss à l'aéroport, il est pas, comment dire, du genre très bavard. Je comprends même à demi-mot que ça le gonfle un peu de faire cet aller-retour juste pour un dej. Il m'offre qunad même un café à l'aéroport, et on finit par embarquer. Pour une fois, je suis pas tout au fond de l'avion. Je suis au milieu d'hommes (et de quelques femmes) "d'affaire".
Quand j'arrive dans l'avion, en général, je m'installe confortablement : je roule en boule ma doudoune pour en faire un oreiller, je sors mon roman du moment, et le ELLE que j'ai préalablement acheté au Relay de la salle d'embarquement. Là, j'ai pas osé dire à mon boss "Attends, je vais m'acheter un magazine". Donc j'ai pris, comme les gens autour de moi, Le Monde-Libé-LeFigaro-LesEchos (mais pas la Dépêche du Midi, c'est pas assez haut-de-gamme). Contrairement à mes habitudes, je range mon manteau dans un rac, en prenant bien soin de le plier délicatement (schizo je suis, parce que c'est pas DU TOUT mon genre), me disant que de toute façon, je suis sur le siège du milieu, donc c'est mort pour m'affaler contre le hublot et dormir. Mon sac à main est délicatement rangé sous le siège devant moi (j'ai bien éteint mes DEUX téléphones_à un moment je me dis, les gens, ils me regardent, ils voient que je suis une pro. Et puis en fait, non : mon boss éteint lui son unique téléphone, mais c'est un I-Phone, donc je me rends compte, que la classe aujourd'hui, c'est d'avoir le dernier téléphone Apple et non 2 téléphones pourris_rapport qualité/quantité). Et je m'installe. Bien droite. Ca fait bizarre d'être assise si proche de mon boss. Mais bon.
Je commence à ouvrir les journaux. C'est pas du tout pratique, vu qu'on est trois sur la rangée à lire les Echos en même temps. Moi, plier le journal à chaque page pour qu'il soit au format compatible avec mes voisins, ça me tente pas, parce que je me connais, en deux-deux, le journal sera détruit et les pages se désolidariseront, et là je serai démasquée : je ne suis pas du tout une vraie femme d'affaire. J'opte donc pour la lecture du coin de l'oeil, journal semi-ouvert, le tordant délicatement pour voir la fin des articles. Epuisant. Je feuillette, je me force à lire les articles sur mon métier (je vois que mon boss les lit, donc faudra pas que j'ai l'air bête s'il m'en parle). Sauf qu'au bout de 20 minutes, j'ai envie de dormir, grave. Et je peux pas. L'idée que mon boss me voit la bouche ouverte, pire, bavant, me donne la force de ne pas m'assoupir.
Lui par contre, il s'endort dans le dernier quart d'heure (les mecs ont cette capacité à dormir n'importe où, tout droits, sans s'avachir, moi je sais pas faire, faut que je me recroqueville comme si j'étais dans mon lit).
On finit par arriver, il est midi et je suis déjà épuisée, j'ai un début de migraine liée à ma schizophrénie montante. On prend le taxi (je suis mon boss, parce que moi, quand j'arrive à Orly, je file direct prendre le métro ou un car-pas cher, mais jamais un taxi).
On arrive dans le 16ème, au Murat, qui s'avère être un joli resto bien cher (complet quand on arrive, mais heureusement c'était réservé, mais c'est pour dire que c'était un truc hype, puisque c'était complet). On rentre; là on m'enlève mon manteau, et on nous installe. Les deux journalistes que l'on doit voir ne sont pas encore là; me voilà donc en face de mon boss et faudrait que je lui parle. Je lui dirais bien que j'aime cet endroit, que c'est vraiment la classe et que c'est hachement sympa de payer le resto, mais ce n'est pas très approprié, donc je trouve quelque chose de plus, disons, en phase avec notre raison d'être ici.
Nos interlocutrices arrivent, elles sont très sympa (je ne les connaissais que par téléphone), on parle de beaucoup de choses, et je me rends compte, à mon grand bonheur, que je ne suis pas larguée du tout, que je comprends parfaitement ce qu'elles disent, et que même je prends un peu la parole. On ouvre finalement la carte. Heureusement que je paye pas en tickets restau hihihi. C'est HORS DE PRIX. Je me dis que ca doit être bon. Je prends des "Saint Jacques juste rôties" pour 36€, et le plat arrive, conforme à la carte : SIX saint jacques dans l'assiette, avec une petite sauce (excelentissime je dois dire) au milieu. 6 euros LA Saint Jacques, je trouve ça un peu abusé (mon chéri en fait des platrées pour le même prix), je les déguste donc délicatement, vérifiant dans l'assiette de mes voisins que je ne les dépasse pas (j'ai tendance à manger très vite), alors même que je meurs de faim. Ensuite, je me dit que c'est pas 6 St jacques et 3 haricots verts qui vont me caler, donc je décide dans ma tête de prendre un dessert, j'ai repéré un crumble rhubarbe-fraise... Les trois autres demandent juste un café. Voyant ma mine déçue, mon boss me dit "Non non mais vas-y, si tu veux un dessert", mon visage s'illumine alors et je décide de ne pas me refuser ce dessert. Qui s'avère moins bon que les St jacques; pour 16 €, je m'attendais à mieux.
Bref, le déjeuner se termine, mon chef va payer (il doit en avoir pour bonbon), on nous remet nos manteaux sur les épaules (moi ça m'agace, j'ai envie de dire à la nana, c'est bon, je suis pas manchot, mais ca se fait pas) on ressort pour prendre un taxi, mission accomplie. Il a l'air plus content qu'à l'aller, faut dire que d'un point de vue purement boulot c'était plutôt réussi comme rencontre.
Et donc le retour est plus convivial. On reprend le taxi, on arrive à l'aéroport 10 minutes avant le départ du vol, mais pas de problème, on est des VIP donc on peut encore s'enregistrer. On fait la queue pour passer le filtre et là, qui je vois? Jean-Pierre Pernault et sa pouf heu non sa femme. Là j'ai trop envie de CRIER "Han la vache, une star", mais je dis très doucement (et de maniètre très distinguée) "Ah tu as vu, il y a Jean-Pierre Pernault", il me répond "Oui oui j'ai vu", genre je vois pas où est le problème. Donc je me garde bien de lui dire que je trouve qu'il fait plus vieux qu'à la télé, et que sa femme est pas si grande que ça pour une ex-miss France. Je me garde encore plus de sortir mon téléphone pour les prendre en photo en catimini (je suis une femme d'affaire nom d'une pipe!).
Là je me sens vraiment épuisée. Rebelotte, je piquerais bien un ptit somme dans l'avion. D'autant que j'ai déjà lu les journaux à l'aller, donc je vais pas faire semblant de les relire au retour. Ouf, mon boss non plus n'a pas pris de journaux. Donc on discute tout le vol, et pas seulement du boulot, et là, enfin, je ne me sens plus du tout schizo.
Je trouve ça beaucoup plus sympa de discuter de sa future maison et de sa fille, et de son enfance, et des gens avec qui on bosse, et de leur personnalité, et des valeurs (qu'on partage!). J'ai toujours bien aimé mon boss, mais là, je me dis encore plus qu'il est normal, ce qui est rassurant. Ce qui me rassure aussi, c'est qu'il finit par me dire "Bon, ça fait quand même un peu cher le déjeuner", donc finalement, il est pas blasé comme je le pensais. Peut-être même que ça l'aurait pas choqué que je prenne la star du JT en photo. Enfin si, peut-être.

Bref, une journée normale pour plein de gens, moi je ferais pas ça tous les jours. Mais maintenant, je sais comment faire si je suis toute seule; penser à demander une fiche au taxi pour les notes de frais par exemple.
Mais je vous jure, si je dois refaire la même chose toute seule, je me gênerai pas pour demander à quelqu'un de me prendre en photo avec Jean-Pierre Pernault...

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