mercredi 30 janvier 2008

Quand les taxis s'énervent

... Je mets près de trois heures pour arriver au bureau (contre 40 minutes en temps normal).

Alors voilà, c'est toujours le même dilemne : on voudrait bien les comprendre ces gens en colère, mais quand même : pour se faire entendre, sont-ils vraiment obligés de prendre les travailleurs en otage? Parce qu'il ne faut pas se leurrer : tous les gens qui se retrouvent bloqués en voiture à cause d'une grève sont ceux qui n'ont pas le choix de prendre la route, pour la simple raison qu'ils vont travailler. Alors on nous rétorque : Evitez de prendre la voiture ! Partez plus tôt de chez vous! Ou même prenez une journée RTT !

Ca me fait doucement rigoler :

- Evitez de prendre la voiture : moi perso, j'habite à 30 km de Toulouse, je serais RAVIE qu'il y ait des transports en commun, mais ça n'existe pas dans mon patelin. Pas de train, pas de bus. Pour utiliser les transports en commun, je dois de toute facon parcourir une bonne vingtaine de bornes pour rejoindre un bus ou un métro. Remarquez, c'est ce que j'ai fini par faire ce matin : après 2 heures dans ma voiture, dont 1h30 pour parcourir 3 km de périph, j'ai déposé ma voiture dans un parking, pris le métro, et marché une vingtaine de minutes pour rejoindre mon bureau. Pas forcément plus rapide que s'y j'avais persévéré dans les embouteillages, mais mes nerfs étaient moins sollicités.

- Partez plus tôt de chez vous : les enfants, on ne peut pas les déposer à 6h30 devant l'école. Là, je suis partie à 7h30 de la maison, je pouvais pas faire mieux.

- Prenez une journée de RTT : un journée pour la grève de la SNCF, une journée pour les taxis, une journée pour la grève du métro, une journée pour les camionneurs... A ce rythme, quelle liberté nous reste-il pour organiser nos congés?

Alors voilà, si vous êtes célibataire sans enfant et habitez proche de votre lieu de travail, vous pouvez vous en sortir. Pour les autres, rien à faire, il faut subir, tout simplement.

Dans le cas précis du blocus des taxis, je m'étonne que les pouvoirs publics ne puissent pas organiser des itinéraires alternatifs, au moins pour limiter la casse. Non, ils ne sont pas là pour ça. Pas là non plus pour discipliner les gens qui font montre d'une évidente incivilité dans les embouteillages : ceux qui prennent les bandes d'arrêt d'urgence, ceux qui font style "je vais prendre la bretelle, mais en fait non, oups je m'ai trompé, je me rabats sur le côté, j'ai évité 50 mètres d'embouteillages et niqué tout le monde, mais avec le sourire", ou encore - ce qui me choque le plus - ces furies qui descendent de leur véhicule pour tambouriner avec hargne sur la fenêtre de celui ou celle qui ne l'aura pas laissée se rabattre. Pfff

Voilà, à part ça tout va bien. Heureusement que j'avais bien dormi cette nuit ;-)

jeudi 24 janvier 2008

Moi, belle-mère


Crédits Image Le Musée Miroiteur

J'aime pas ce mot, belle-mère. Et pourquoi pas marâtre, tant qu'on y est?

Mais quand on est la deuxième femme d'un homme qui est déjà père, on devient, de fait, la belle-mère. On n'est pas obligé de le marteler à tous les coins de rue, mais je me suis rendue compte que, dans certaines situation, on n'a pas le choix.
La première fois que je suis allée cherché mon "beau-fils" à l'école, je l'ai entendu dire à ses copains "J'y vais les gars, y a ma belle-mère". J'ai failli défaillir. Ca faisait 1 mois ou 2 que je partageais le domicile familial paternel (en garde alternée), j'avais 23 ans, j'étais plutôt pimpante, et je me voyais coller ce nom saugrenu. Dans la voiture, au retour, je lui fais comprendre, de la manière la plus diplomate possible, que "belle-mère" ce n'est pas très joli. Il me regarde éberlué, et me répond "Bah, oui, mais quoi, c'est vrai, t'es ma belle-mère ! Tu veux que je dise comment?". Bah oui, fallait réfléchir Yoyo. J'ai pas su quoi répondre, alors j'ai acquiescé. Depuis, il s'en donne à coeur joie.

Quelques temps plus tard, je vais le chercher à un goûter d'anniversaire et me retrouve devant l'interphone. "Bonjour je viens chercher A., je suis la ...heu, sa belle-mère". Ben oui, j'allais m'emberlificoter dans une expression à la mort-moi-le noeud genre "Je suis la nouvelle compagne de son papa"... Le type de tournure qui fait pas du tout sûre de soit, qui accentue le statut de deuxième femme (en générale plus jeune, et c'est le cas) plutôt que de deuxième mère alors que, de fait, on en assume toutes les fonctions.

Et voilà, depuis, de dépit, j'utilise cette formule bien pratique. Encore l'autre soir, lors d'une réunion de parents à l'école primaire. La maîtresse ne me connaissant pas, pour lui parler d'A., j'ai bien dû me présenter. Alors j'ai dit que j'étais sa belle-mère.
Mais je continue de détester ce terme. Parce que dans les yeux des gens, je vois bien un air de condescendance; c'est un peu comme si on était au second plan; même si, accessoirement, c'est moi qui vais chercher les gamins après le boulot, les ramène à la maison, prépare le diner en faisant faire les devoirs, me tape la réunion à 19h, rentre en trombe pour que les enfants ne mangent pas trop tard, range la vaisselle, fais une lessive, etc... et me couche passablement fatiguée.

L'avantage que j'ai, c'est que mes beaux-enfants sont assez reconnaissants, bien éduqués par leur père. Et, leur mère étant relativement absente, ils acceptent assez bien ma présence. Néanmoins, je continue de penser qu'on n'est rien. Légalement, entre autre. Officiellement, j'ai pas le droit de signer les décharges et autorisations parentales; sauf qu'en pratique, quand je suis toute seule avec les enfants, je fais comment? Quand on n'a pas d'enfant, on nous regarde comme si on ne pouvait pas comprendre. Au boulot, je sens bien les gens interloqués de me voir prendre mes mercredis après midi et partir le soir à 17h30 pour être à l'heure à l'école. Alors que le rôle des belle-mères va aller crescendo, étant donnée l'évolution de la société, alors qu'on est de plus en plus nombreuses, il demeure une espèce d'omerta sur ce statut.
Non pas que je revendique une reconnaissance officielle. Mais quand même je m'étonne que l'évolution des moeurs s'arrête en chemin. Multiplication des divorces, c'est bien synonyme de multiplication des belles-mères non?
Pourtant, on en parle peu.

J'ai quand même trouvé un article sur la question plutôt bien fait et assez juste selon moi. A lire ici

mardi 22 janvier 2008

Lignes de faille, de Nancy Huston

Voilà un roman que je recommande chaudement.

La quatrième de couv dit :
"Entre un jeune Californien du XXIe siècle et une fillette allemande des années 1940, rien de commun si ce n'est le sang. Pourtant, de l'arrière-grand-mère au petit garçon, chaque génération subit les séismes politiques ou intimes déclenchés par la génération précédente."

Ce roman s'apparente à une saga familiale à l'envers, chacune des générations étant représentée par un enfant de 6 ans : d'abord Sol, en 2002; puis son père Randall en 1982; Sadie sa grand-mère dans les années 60 ; et enfin Erra, l'arrière-grand-mère, en 1944-45.

A travers les mots de ces enfants, on découvre page après page la genèse de cette famille tourmentée, dont l'histoire, la petite, recoupe la Grande. De la Californie à Israël, du Canada à l'Allemagne, les migrations racontent toutes, à chaque génération, les vestiges de l'époque nazie.

Nancy Houston revisite donc un thème largement rebattu. Pourtant, la parole donnée aux enfants apporte un éclairage nouveau, à la fois caricatural et extrèmement sensible, où les mots simples et tout justes évocateurs, parviennent à expliquer 60 ans d'histoire contemporaine.

Pour en savoir plus sur Nancy Houston, cliquez ici

lundi 21 janvier 2008

Un week-end (presque) parfait


Un soleil de plomb, des pistes enneigées, un chalet niché dans un minuscule village du Luchonnais, des soirées au coin du feu à écouter de la guitare et jouer au tarot... Cela ressemble à un week-end parfait!

J'étais pourtant partie un peu à reculons. On nous avait invités, mon homme, ses enfants et moi, ainsi qu'un couple d'amis, à passer le week-end dans les Pyrénées. Pas de quoi faire la fine bouche, vous me direz. Mais l'idée de me retrouver dans un chalet multi-générationel m'angoissait un peu. Fana de ski, je n'avais qu'une envie : me ruer sur les pistes et dévaler les pentes à grande vitesse. Comme je le faisais il y a encore 3 ans, quand j'étais célibataire-sans-enfant. Sauf que là, la donne était évidemment différente : les enfants sont débutants (normal), les adultes (forcément plus âgés que moi étant donné la configuration de mon couple) auront sûrement envie de se ménager, et sûrement préféreront-ils se prélasser au chalet plutôt que de passer la journée sur les pistes. Et comment mouvoir un groupe de dix personnes? J'imaginais déjà mon énervement le samedi matin, piaffant pour me rendre sur les pistes (à 20 bonnes minutes en voiture du chalet), et tout le monde encore le nez dans son café, pas pressés pour un sou, inconscients du fait qu'une journée de ski, CA S'OPTIMISE. A cette angoisse s'ajoutait l'énervement latent de mon amoureux, rapport au fait qu'après avoir été cherché les enfants à l'école vendredi à 17h, il devait faire un premier détour pour récupérer une copine de sa fille, puis un second pour passer me prendre au boulot, et que forcément, dans la précipitation, il avait oublié son porte-feuille (particulièrement indispensable quand on s'apprête à pratiquer un sport de riche), l'obligeant à faire demi-tour à la maison...
Finalement, il me prend à 19h ; soupe à la grimace, youhou, ca va être la fête.

Et puis en fait, non. Tout s'est déroulé parfaitement, à savoir que :
- On est arrivés à 21 heures dans un chalet magnifique, fait-main, avec une cheminée centrale, plein de chambres toutes plus mignonnes les unes que les autres.
- Tout était prêt, on nous accueilli en nous disant "Ici, c'est le pays de la liberté, donc chacun fait ce qu'il veut".
- Les enfants, du coup, étaient ravis; et moi aussi. Et mon homme délicieusement de bonne humeur.
- Le lendemain matin, tout le monde était motivé pour aller skier; à 9h30 on était à pied d'oeuvre. Etant donnée la bonne humeur générale, même l'heure passée au magasin de location de ski ne m'a pas agacée...
- On a pris le premier télésiège dans le brouillard, mais on est passé au-dessus des nuages au bout de 30 secondes et le soleil brillait à n'en plus pouvoir.
- On n'a perdu personne sur les pistes, miracle quand on sait qu'on était 9 à skier ensemble, tous niveaux confondus.
- Les plus âgés, j'avais été mauvaise langue, avaient vachement la pêche. Les enfants, eux, ont formidablement progressé au ski, chougnant à peine quand ils tombaient.
- Après le ski, j'ai pu m'isoler tranquille, aller bouquiner sur mon lit et faire une petite sieste de récupération.

Le bonheur.

Je pourrais rajouter aussi "On a super bien mangé" et "On a rencontré des gens géniaux". Je le rajoute, certes, mais de manière, disons, nuancée.

Car ce qui est sûr, c'est qu'ils s'étaient foulés pour que l'on mange à notre faim. Presque trop. C'est à dire que le premier soir, ils avaient prévu de nous faire goûter une spécialité luchonnaise : le pétéram. A cette évocation, je me lèche déjà les babines en imaginant une espèce de fondue pyrénéenne ou quelque chose du genre. Que neni. Le pétéram, ce n'est rien moins que des TRIPES DE MOUTON. J'avoue à l'assemblée que je n'ai jamais mangé de tripes de ma vie, de quel qu'animal que ce soit, mais que (polie), bien évidemment je vais goûter. J'ai même envie de goûter, histoire de pas mourir idiote. Je vois le chaudron mijoter dans la cheminée, ça a l'air plutôt apétissant, genre un bon ragout. Et puis on apporte ledit chaudron sur la table, juste devant moi. Et là, une odeur nauséabonde s'empare de mes narines. En fait, ça sent les toilettes. Je fais le rapprochement avec les tripes, et on me confirme la chose : " C'est bien meilleur au goût qu'à l'odeur". Tu m'en diras tant. Bon, dis-je, quand-même, juste un tout petit bout (là, j'en n'ai plus du tout envie, mais ma bonne éducation prend le dessus). On dépose un truc dans mon assiette, je dis "Heu, c'est que du gras là, non?". Et tout le monde éclate de rire; ça y est, tous les visages se tournent vers moi. On me répond "Mais non, c'est du boyau, pas du gras!". Ah. Oui. Effectivement, rien à voir. Je coupe donc un minuscule bout de boyau, l'enrobe de sauce en espérant que ça masquera sûrement l'odeur de m...; j'engouffre le tout dans ma bouche. Et ça passe pas, mais alors pas du tout. Ma bouche doit se tordre et mon visage cramoisir et comme tous les regards étaient rivés sur moi, tout le monde me voit me lever et courir jusque dans la cuisine, manquant de m'affaler sur les escaliers en pierre, et, dans un haut-le-coeur mémorable, je recrache le morceau dans la poubelle. Ark, c'est immonde. Je remonte dans la salle à manger la mine défaite, et demande, à bout de force, si je peux juste ce soir revendiquer ma jeunesse et obtenir le droit de manger comme les enfants. Requête que l'on m'accorde de bonne grâce, c'est le pays de la liberté hein? J'ai donc laissé les grands manger leurs tripoux avec gourmandise et jamais je ne me suis autant délectée d'un repas poulet-pasta...

L'autre point, c'étaient les gens géniaux que l'on a rencontrés. Un couple de baroudeurs comme je les aime, simples, drôles, intéressants et à l'écoute. Un deuxième plutôt marrant, dont la femme était la copie conforme d'Anne Roumanoff.
Et puis il y a eu le 3ème couple. Heureusement arrivé le dimanche soir à 19h pour manger les restes du week end sur le pouce, avant que nous ne reprenions la route (ce qui était prévu vers 20h). Un homme dont je comprends qu'il est le médecin du coin, R-A-S. Et puis sa femme. Dont je comprends à sa tête qu'elle doit être très conne. En tout cas, elle parle fort, et sa première phrase concerne ses gants de golf qu'elle a achetés la veille. J'ai rien contre le golf, mais en général, quand on arrive dans un endroit, on dit d'abord bonjour, on s'enquit de savoir qui sont les personnes présentes que l'on ne connaît pas. Enfin moi, je fais ça. Parce que c'est quand même le meilleur moyen de ne pas commettre des impairs. On est en train de jouer au tarot. On lève les yeux vers l'autruche. Je sens ma belle-fille adorée parfaitement complice. J'adoooooore, on va se régaler. Et là, l'autruche parle, s'exclamant que les enfants de mon homme (qu'elle avait rencontré quelques années plus tôt alors qu'il était fraîchement divorcé) sont si grands! Et je l'entends demander (sans aucune retenue bien entendu) à notre hôte si je suis bien sa fille aînée. Hôte qui répond, le plus discrètement possible, que non, je suis sa femme. Hum hum, malaise. Bon ça peut arriver. Elle pourrait s'excuser, au moins la fermer. Mais non. Madame s'enfonce. Nous allons nous mettre à table, tôt comme convenu et je dis: "Oui, parce que demain il y a école!", et me regardant, me dit "Ah, pour vous aussi!". Je la méprise. J'ai pitié de sa bêtise. Quelqu'un lui expliquera bien que je ne suis plus étudiante depuis un certain nombre d'années. Nous nous mettons à table, elle continue "Ah ça a l'air bon, les enfants, les grands enfants, enfin heu..". Et elle s'arrête. Là, elle se prend les pieds dans le tapis et se rend compte qu'elle ferait mieux de se taire. Je suis assise en face d'elle, elle se garde bien de me regarder dans les yeux. Son mari, poli et sûrement conscient des limites de sa femme, me demande ce que je fais dans la vie, et je peux donc caler dans la conversation que je suis responsable communication dans une agence, que j'ai un vrai métier quoi.
La conversation glisse ensuite sur un sujet innoportun, qui fout mon ennemie encore plus mal à l'aise, puisqu'on évoque la fameuse soirée où elle avait rencontré mon homme, et durant laquelle une de ses copines avait harcelé mon chéri (qui l'avait gentiment envoyée sur les roses). Et je ne dis rien, mais je sais bien qu'elle comprend pourquoi ça s'est passé ainsi, parce qu'effectivement, j'ai environ 30 ans de moins que sa copine, et que c'est quand même un sacré argument pour que mon homme m'ait préférée à elle.

Voilà, mon jeune âge a ses avantages (manger des pâtes plutôt que des tripes) et des inconvénients (devoir me justifier de ne pas être la fille de mon homme), mais au final, je trouve que je m'en sors plutôt bien.

Donc, ne serait-ce que ce petit épidose fâcheux, le week end était parfait, et c'est bien ce qui compte!

vendredi 18 janvier 2008

Mon premier déplacement d'affaire

Alors hier, c'était ma première, toute toute première fois. Que quoi ?
Que je faisais un déplacement en avion juste pour le boulot, et qui plus est, juste pour un déjeuner. Rien que l'idée de dire "Demain, je serai à Paris, mais vous inquiétez pas les enfants, je serai là pour le dîner", je trouvais que c'était trop la classe. Sauf que du coup toute la journée, je me suis sentie schizo. Parce que oui, ca m'exitait un peu (enfin je trouvais ça marrant) mais le problème, c'est que je faisais le déplacement avec mon boss, et que forcément, fallait que j'ai un peu de tenue. Que je fasse style un peu blasée (alors que pas du tout)...

Je voyage pas mal, donc l'avion en tant que tel, je faisais pas "Wahou, trop trop bien, je vais prendre l'avion!" (quand même). Mais quand je voyage, je voyage pas cher (j'ai des facilités comme on dit). Là, quand l'assistante de direction m'a envoyé mon mémo voyage, j'ai failli m'étrangler : 400€ l'aller-retour; pouah, presqu'un quart de mon salaire, la prochaine fois, je leur dirai "Je m'occupe de mon billet, filez moi 400€ et je me débrouille"...
On part donc avec mon boss à l'aéroport, il est pas, comment dire, du genre très bavard. Je comprends même à demi-mot que ça le gonfle un peu de faire cet aller-retour juste pour un dej. Il m'offre qunad même un café à l'aéroport, et on finit par embarquer. Pour une fois, je suis pas tout au fond de l'avion. Je suis au milieu d'hommes (et de quelques femmes) "d'affaire".
Quand j'arrive dans l'avion, en général, je m'installe confortablement : je roule en boule ma doudoune pour en faire un oreiller, je sors mon roman du moment, et le ELLE que j'ai préalablement acheté au Relay de la salle d'embarquement. Là, j'ai pas osé dire à mon boss "Attends, je vais m'acheter un magazine". Donc j'ai pris, comme les gens autour de moi, Le Monde-Libé-LeFigaro-LesEchos (mais pas la Dépêche du Midi, c'est pas assez haut-de-gamme). Contrairement à mes habitudes, je range mon manteau dans un rac, en prenant bien soin de le plier délicatement (schizo je suis, parce que c'est pas DU TOUT mon genre), me disant que de toute façon, je suis sur le siège du milieu, donc c'est mort pour m'affaler contre le hublot et dormir. Mon sac à main est délicatement rangé sous le siège devant moi (j'ai bien éteint mes DEUX téléphones_à un moment je me dis, les gens, ils me regardent, ils voient que je suis une pro. Et puis en fait, non : mon boss éteint lui son unique téléphone, mais c'est un I-Phone, donc je me rends compte, que la classe aujourd'hui, c'est d'avoir le dernier téléphone Apple et non 2 téléphones pourris_rapport qualité/quantité). Et je m'installe. Bien droite. Ca fait bizarre d'être assise si proche de mon boss. Mais bon.
Je commence à ouvrir les journaux. C'est pas du tout pratique, vu qu'on est trois sur la rangée à lire les Echos en même temps. Moi, plier le journal à chaque page pour qu'il soit au format compatible avec mes voisins, ça me tente pas, parce que je me connais, en deux-deux, le journal sera détruit et les pages se désolidariseront, et là je serai démasquée : je ne suis pas du tout une vraie femme d'affaire. J'opte donc pour la lecture du coin de l'oeil, journal semi-ouvert, le tordant délicatement pour voir la fin des articles. Epuisant. Je feuillette, je me force à lire les articles sur mon métier (je vois que mon boss les lit, donc faudra pas que j'ai l'air bête s'il m'en parle). Sauf qu'au bout de 20 minutes, j'ai envie de dormir, grave. Et je peux pas. L'idée que mon boss me voit la bouche ouverte, pire, bavant, me donne la force de ne pas m'assoupir.
Lui par contre, il s'endort dans le dernier quart d'heure (les mecs ont cette capacité à dormir n'importe où, tout droits, sans s'avachir, moi je sais pas faire, faut que je me recroqueville comme si j'étais dans mon lit).
On finit par arriver, il est midi et je suis déjà épuisée, j'ai un début de migraine liée à ma schizophrénie montante. On prend le taxi (je suis mon boss, parce que moi, quand j'arrive à Orly, je file direct prendre le métro ou un car-pas cher, mais jamais un taxi).
On arrive dans le 16ème, au Murat, qui s'avère être un joli resto bien cher (complet quand on arrive, mais heureusement c'était réservé, mais c'est pour dire que c'était un truc hype, puisque c'était complet). On rentre; là on m'enlève mon manteau, et on nous installe. Les deux journalistes que l'on doit voir ne sont pas encore là; me voilà donc en face de mon boss et faudrait que je lui parle. Je lui dirais bien que j'aime cet endroit, que c'est vraiment la classe et que c'est hachement sympa de payer le resto, mais ce n'est pas très approprié, donc je trouve quelque chose de plus, disons, en phase avec notre raison d'être ici.
Nos interlocutrices arrivent, elles sont très sympa (je ne les connaissais que par téléphone), on parle de beaucoup de choses, et je me rends compte, à mon grand bonheur, que je ne suis pas larguée du tout, que je comprends parfaitement ce qu'elles disent, et que même je prends un peu la parole. On ouvre finalement la carte. Heureusement que je paye pas en tickets restau hihihi. C'est HORS DE PRIX. Je me dis que ca doit être bon. Je prends des "Saint Jacques juste rôties" pour 36€, et le plat arrive, conforme à la carte : SIX saint jacques dans l'assiette, avec une petite sauce (excelentissime je dois dire) au milieu. 6 euros LA Saint Jacques, je trouve ça un peu abusé (mon chéri en fait des platrées pour le même prix), je les déguste donc délicatement, vérifiant dans l'assiette de mes voisins que je ne les dépasse pas (j'ai tendance à manger très vite), alors même que je meurs de faim. Ensuite, je me dit que c'est pas 6 St jacques et 3 haricots verts qui vont me caler, donc je décide dans ma tête de prendre un dessert, j'ai repéré un crumble rhubarbe-fraise... Les trois autres demandent juste un café. Voyant ma mine déçue, mon boss me dit "Non non mais vas-y, si tu veux un dessert", mon visage s'illumine alors et je décide de ne pas me refuser ce dessert. Qui s'avère moins bon que les St jacques; pour 16 €, je m'attendais à mieux.
Bref, le déjeuner se termine, mon chef va payer (il doit en avoir pour bonbon), on nous remet nos manteaux sur les épaules (moi ça m'agace, j'ai envie de dire à la nana, c'est bon, je suis pas manchot, mais ca se fait pas) on ressort pour prendre un taxi, mission accomplie. Il a l'air plus content qu'à l'aller, faut dire que d'un point de vue purement boulot c'était plutôt réussi comme rencontre.
Et donc le retour est plus convivial. On reprend le taxi, on arrive à l'aéroport 10 minutes avant le départ du vol, mais pas de problème, on est des VIP donc on peut encore s'enregistrer. On fait la queue pour passer le filtre et là, qui je vois? Jean-Pierre Pernault et sa pouf heu non sa femme. Là j'ai trop envie de CRIER "Han la vache, une star", mais je dis très doucement (et de maniètre très distinguée) "Ah tu as vu, il y a Jean-Pierre Pernault", il me répond "Oui oui j'ai vu", genre je vois pas où est le problème. Donc je me garde bien de lui dire que je trouve qu'il fait plus vieux qu'à la télé, et que sa femme est pas si grande que ça pour une ex-miss France. Je me garde encore plus de sortir mon téléphone pour les prendre en photo en catimini (je suis une femme d'affaire nom d'une pipe!).
Là je me sens vraiment épuisée. Rebelotte, je piquerais bien un ptit somme dans l'avion. D'autant que j'ai déjà lu les journaux à l'aller, donc je vais pas faire semblant de les relire au retour. Ouf, mon boss non plus n'a pas pris de journaux. Donc on discute tout le vol, et pas seulement du boulot, et là, enfin, je ne me sens plus du tout schizo.
Je trouve ça beaucoup plus sympa de discuter de sa future maison et de sa fille, et de son enfance, et des gens avec qui on bosse, et de leur personnalité, et des valeurs (qu'on partage!). J'ai toujours bien aimé mon boss, mais là, je me dis encore plus qu'il est normal, ce qui est rassurant. Ce qui me rassure aussi, c'est qu'il finit par me dire "Bon, ça fait quand même un peu cher le déjeuner", donc finalement, il est pas blasé comme je le pensais. Peut-être même que ça l'aurait pas choqué que je prenne la star du JT en photo. Enfin si, peut-être.

Bref, une journée normale pour plein de gens, moi je ferais pas ça tous les jours. Mais maintenant, je sais comment faire si je suis toute seule; penser à demander une fiche au taxi pour les notes de frais par exemple.
Mais je vous jure, si je dois refaire la même chose toute seule, je me gênerai pas pour demander à quelqu'un de me prendre en photo avec Jean-Pierre Pernault...